Quel taux de change pour booster la compétitivité?

Cours de change

Un journaliste a recemment écrit (le 08.08.2025) en marge de la présentation de la circulaire PLF 2026 ce qui suit: « Le cap aujourd’hui est aussi celui de l’émergence. De nos jours, le Maroc n’en a pas encore les prérequis. Par exemple…aucun pays au monde n’est entré dans une dynamique d’émergence sans avoir dévalué sa monnaie. La monnaie est le prix auquel on achète et on vend. Laisser ce prix aux seules lois du marché est une aberration quand les principaux concurrents dévaluent largement depuis des années. Au Maroc, c’est l’inverse, puisque le Dirham s’apprécie face au dollar et à l’euro à la fois. Cette évolution fait baisser les recettes du tourisme et celles des transferts de MRE, renchérit les coûts de production locaux, encourage l’importation et décourage l’exportation ».
A moins que ce soit là une réflexion journalistique personnelle, tout analyste se doit de se poser la question : Y a t’il en l’air une volonté de reprise de la politique de dévaluation du dirham?
Si c’est le cas, ce serait une question qui mérite discussion.
D’abord théoriquement. La courbe en j sensé représenter les 3 étapes sensées suivre la décision volontaire de dévaluation, est confrontée à des limites diverses.
Les importations incompressibles comptent dans la balance commerciale et l’effet de la dévaluation sur leur poids dans la balance est nul s’il n’est pas négatif. Sachant surtout que le cout des intrants importés incompressibles dans les produits exportables annule l’avantage escompté ( energie, demi-produits, equipements, services techniques).
La competitivité est en partie importante hors-prix. Ce qui fait que la dévaluation n’a pas l’effet souhaité au delà de la premiere phase.
L’effet bénéfique fort esperé en 3 ème phase l’est seulement sous condition que l’effet volume des exportations joue. Or pour cela, il faut que les entreprises aient les capacités de production requises et que le tissu économique soit suffisamment diversifié.
Aussi, l’effet prix favorisé par la dévaluation peut-il etre contré par les concurrents ou meme annulé par les clients qui demandent à en bénéficier si leur pouvoir de négociation est fort. Surtout quant les produits concernés sont de faible valeur ajoutée ou substituables (agriculture, agroindustrie, habillement…).
En pratique, il est difficile de vouloir soutenir durablement la croissance en faussant artificiellement les équilibres macro économiques?
Dans une économie de concurrence, le prix de la monnaie est un prix d’équilibre qui résulte d’un équilibre plus global et en amont celui des marchés des biens et services et de la monnaie.
Le fausser se fera au détriment de l’économie et du social. Cela fragilisera la monnaie nationale en entament la confiance dont elle jouit (or la valeur d’une monnaie n’est rien d’autre que la confiance portée en elle par ses utilisateurs).
Entrer dans un cercle de dévaluation risque de ne pas avoir de fin. Sauf la manipulation du taux de change est spot et faite pour un objectif precis et dans le cadre d’un mix policy.
Une politique de dépréciation de la valeur de la monnaie nationale, est un comportement de facilité qui désarticulera plus l’économie ( pour l’interet du lobby exportateur et au détriment de la consolidation du tissu industriel national ), aggrave la dette exterieure et accentue les disparités sociales en défaveur des détenteurs de revenus fixes, salariés en tête .
Activer la croissance se fait par l’investissement et les gains de productivité .
La mobilisation concerne l’investissement productif ( en observant l’équilibre entre infrastructure et investissement directement productif pour ne pas aggraver le déficit budge’taire et l’endettement), elle concerne aussi la productivité ( technologie et capital humain) en synergie entre les partenaires sociaux.

Quant à promouvoir les exportations c’est une affaire de compétitivité. C’est à dire d’une politique integrée, durable et coordonnée d’action sur des leviers macro, méso et micro- économiques qui renforcent et l’effet-prix et l’effet hors-prix.
Pour ce qppui est de la stabilité du climat social, déjà challengée par l’inflation et la sécheresse notamment, elle constitue une priorité à ménager absolument.
Reste à réfléchir de manière adapté à chacun des secteurs d’activités. Le cas des engrais n’est pas celui de l’automobile et moins encore celui de l’agriculture, de l’agro industrie et de la confection, reputés etre exportateurs de produits à faibles marges et fortement concurrencés.
Aussi et à titre d’exemple, le premier secteur exportateur, l’automobile, requiert une réflexion urgente tant les turbulences mondiales, techniques, tarifaires et commerciales , se corsent.
En definitive, au niveau macroéconomique, le Maroc suit une politique progressive de consolidation de sa politique de change en la libéralisant, le mieux et de s’y tenir. Quant au niveau sectoriel, les professionnels ont du pain sur la planche pour relever continument la compétitivité et percer à l’exportation.
Pr Ahmed Azirar.
Economiste.
13.08.2025

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