Énergie : le monde change de doctrine, le Maroc doit-il changer de stratégie ?

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Énergie : le monde change de doctrine, le Maroc doit-il changer de stratégie ?
Pr Ahmed AZIRAR. Economiste.
IMIS et CEREM
https://ahmedazirar.com

Transcription de l’Interview Medi1 tv. Infos 13 h. Mardi 15.09.2026

En marge du G20 Energie qui se tient a Houston, Texas, quelle voie avantageuse à suivre par le Maroc ?
Le retour de la géopolitique de l’énergie constitue une nouvelle vulnérabilité pour le Maroc, mais aussi une occasion d’accélérer sa transition et de transformer son potentiel renouvelable, industriel et minier en véritable avantage stratégique.

1. Le G20 et le retour de la sécurité énergétique
L’« Energy Abundance » défendue par Washington marque-t-elle un changement de priorité mondiale ? Après la transition et la décarbonation, la disponibilité, le prix et la sécurité de l’approvisionnement redeviennent-ils les critères dominants ?

R. Le G20 de 2025 deja et le G20 ministériel de Houston Texas qui est en cours, mettent l’energie sous un nouvel éclairage.
L’abondance énergétique que promeut l’adm. Trump, si elle séduit une partie des grandes puissances, rencontre de fortes réserves de la part des pays dépendants des hydrocarbures dont la Chine, l’Inde et le Japon en tete, qui se réunissent à Houston, parallelement en Quad Fuel Security, pour signifier leur mobilisation pour assurer leur approvisionnement et sécurité.
Si donc l’approvisionnement, la sécurite, le prix et la compétitivité sont en haut des stratégies, la décarbonation et la transition subissent les freins de l’adm. Trump hostile et celle de la conjoncture géostratégique tres perturbée.
Nous entrons dans une troisième phase de la géopolitique de l’énergie. Apres la priorité à l’accès au pétrole et au gaz, et la priorité à la décarbonation et à la transition,
Aujourd’hui il y a retour simultané de trois impératifs : sécurité, compétitivité et décarbonation.
L’Agence internationale de l’énergie constate elle-même que la sécurité énergétique est redevenue une question de sécurité économique et nationale, englobant désormais pétrole, gaz, électricité, infrastructures, minerais critiques et chaînes technologiques.

2. Pétrole, gaz, minerais : la géopolitique au cœur de l’énergie.
Les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, mais aussi la bataille autour des métaux critiques, annoncent-ils une nouvelle géopolitique des ressources ? Cette compétition risque-t-elle de rendre la transition énergétique elle-même plus vulnérable ?

R. Justement, d’un coté les fortes perturbations sur les hydrocarbures accentuées par le conflit américano- iranien autour de Hormuz et son récent débordement sur Bab el Mendeb, d’un coté, et, de l’autre, le quasi monopole chinois sur les métaux stratégiques et critiques, surtout les terres rares, qui sont utilisées comme contre-offensive, non seulement aggravent les perturbations géostratégiques, mais mettent la transition énergétique et la décarbonation en difficulté. Le souci européen apres la grave crise de 2022 est de reconstituer leurs stocks stratégiques toujours faibles. Partout le retour en force du fossile surtout le GNL met en pause les soucis environnementaux.
Les USA ont meme associé à Houston les russes et le Venezuela, dont ils ont pris les reserves, pour tenter une accalmie pragmatique sur les prix qui causent a l’adm. Trump une forte préoccupation à la veille de leurs élections du mi-mandat.
La transition ne supprime donc pas la dépendance. Elle la déplace.
Hier, la dépendance était :
« Qui contrôle le pétrole ? »
Demain, elle peut devenir :
« Qui contrôle les minerais, les raffineries, les batteries, les électrolyseurs, les réseaux et les technologies ? »
C’est un point essentiel pour le Maroc.

3. Quelle est aujourd’hui l’exposition réelle du Maroc aux bouleversements des marchés énergétiques internationaux ? Jusqu’où une nouvelle flambée du pétrole ou du gaz pourrait-elle affecter la facture énergétique, les prix, les finances publiques et la compétitivité de l’économie marocaine ?

R. Le Maroc, face à cette nouvelle donne, est en vigilance extreme. L’exposition est forte. Les prix en hausse mondialement, les perturbations géostrategiques qui se corsent, les soucis régiinaux du voisinage, posent des difficultés accrus en matiere d’approvisionnement, de cout, de compétitivité, d’inflation, de pouvoir d’achat social et de budget public.
Le changement le plus important est que la géopolitique ne concerne plus seulement le pétrole.
Elle concerne désormais toutes les ressources stratégiques et critiques, les réseaux électriques ; les batteries ; Les technologies de production et de stockage.

Le Maroc souffre d’une vulnérabilité encore élevée. La dépendance énergétique et la volatilité des prix du pétrole ont longtemps constitué une vulnérabilité structurelle pour le Royaume. Les subventions aux carburants ont été supprimées en 2013, tandis que la subvention du butane fait progressivement l’objet d’une réforme.
Une nouvelle flambée des hydrocarbured aurait plusieurs effets simultanés :
facture énergétique, inflation, coûts de transport et logistisue, coûts industriels, pression sur les ménages, compétitivité en difficulté
Et demande de soutien public et donc pression budgétaire.
Il ne faut donc plus analyser la facture énergétique uniquement comme une question de balance commerciale. C’est désormais une question de résilience macroéconomique.

4. La transition énergétique est-elle une contrainte ou un avantage stratégique pour le Maroc ?
Le contexte actuel doit-il pousser le Maroc à accélérer davantage les renouvelables, l’efficacité énergétique et les interconnexions, non plus seulement pour des raisons climatiques mais pour réduire sa vulnérabilité géopolitique ?

R.La recommandation stratégique doit être plus forte que « accélérer la transition » : le Maroc doit passer d’une politique de transition énergétique à une doctrine de sécurité énergétique et de souveraineté économique.
Le changement mondial ne signifie pas que les renouvelables sont dépassées. Il signifie plutôt que la transition elle-même devient un enjeu géopolitique.
Aujourd’hui, la question devient :
Comment produire une énergie abondante, compétitive, sûre et de moins en moins carbonée ?
Cela semble beaucoup plus favorable au Maroc.
Car le Maroc ne peut pas gagner une bataille d’abondance pétrolière. En revanche, il peut chercher à construire une abondance électrique renouvelable.
C’est probablement là que se trouve la bonne réponse stratégique.

Les énergies renouvelables ne sont plus seulement une politique climatique. Elles sont une politique d’assurance géopolitique.
Chaque kWh solaire ou éolien produit au Maroc signifie potentiellement : moins d’importations ; moins de vulnérabilité au pétrole ;
moins d’exposition au dollar ; moins de risques géopolitiques ; meilleure compétitivité industrielle ; et
souveraineté renforcée.

5. Hydrogène vert, électricité, infrastructures : le Maroc peut-il changer de statut ?
Le nouveau contexte mondial peut-il offrir au Maroc une opportunité pour passer du statut d’importateur d’énergie à celui de producteur et potentiellement d’exportateur d’énergie ou de molécules vertes ?

R. C’est que je viens de le dire. Mais le Maroc doit d’abord gérer l’urgence: approvisionnements diversifiés, stocks de sécurité. A moyen terme nous avons la plateforme énergetique de Nador Ouest dont on doit accélérer le fonctionnement, et puis l’adaptation stratégique longue avec le renouvelable, l’hydrogene vert, les batteries, les réseaux électriques, les minerais stratégiques, le gazoduc Afrique Europe. Bcp de voies sont ouvertes, il faut canaliser tout ca, pour en faire une force de securité et pourquoi pas de puissance énergétique.

6. Métaux critiques : nouvelle dépendance ou opportunité industrielle ?
La transition mondiale accroît la demande de minerais stratégiques. Quel rôle le Maroc peut-il jouer dans cette nouvelle chaîne de valeur, entre ressources minières, transformation industrielle, recyclage et technologies propres ?

R. Le Maroc s’est associé a l’initiative américaine en la matiere. Il est recipiendiaire d’investissements chinois en batteries notamment, et puis avec les phosphztes le Maroc n’est pas,seulement entrain de renforcer sa production en TSP mais il y a le volet des matieres critiques y rattachées.

7. Souveraineté énergétique : jusqu’où le Maroc doit-il aller ?
Faut-il désormais raisonner en termes de sécurité énergétique nationale, avec davantage de diversification des fournisseurs, de capacités de stockage, d’infrastructures et de production locale ?

R. Votre question contient en elle meme la reponse possible. Bien sur le Royaume devrait raisonner en termes de sécurité énergétique nationale, avec davantage de diversification des fournisseurs, de capacités de stockage, d’infrastructures et de production locale.

8. Quel choix stratégique pour le Maroc ?
Face à ce nouveau contexte énergétique mondial, le Maroc doit-il simplement accélérer la stratégie déjà engagée ou profiter du changement de paradigme pour repenser complètement son modèle énergétique et faire de la sécurité énergétique un pilier de sa souveraineté économique ?

R. J’insiste, la recommandation stratégique doit être plus forte que d’accélérer la transition. Le Maroc doit passer d’une politique de transition énergétique à une doctrine de sécurité énergétique et de souveraineté économique.
Le changement mondial ne signifie pas que les renouvelables sont dépassées. Il signifie plutôt que la transition elle-même devient un enjeu géopolitique.
Aujourd’hui, la question devient :
Comment produire une énergie abondante, compétitive, sûre et de moins en moins carbonée ?
Ca semble beaucoup plus favorable au Maroc.
Car le Maroc ne peut pas gagner une bataille d’abondance pétrolière. En revanche, il peut chercher à construire une abondance électrique renouvelable.
C’est probablement là que se trouve la bonne réponse stratégique.

En clair:
Le Maroc a besoin d’une « Énergie abondante, compétitive, décarbonée et souveraine. »
Avec quatre objectifs simultanés :
.Sécurité: Ne jamais être pris en otage par une crise extérieure.
. Compétitivité: Faire du coût de l’énergie un avantage industriel marocain.
. Souveraineté : Réduire structurellement la dépendance aux hydrocarbures importés.
. Puissance: pourqoui pas? Transformer l’énergie renouvelable et les ressources minières en capacité industrielle et géopolitique conquérante.
Pour cela l’Etat est en premiere ligne avec des PPP internationaux et nationaux efficients et méticeusement suivis.

Pr Ahmed Azirar. Economiste.
IMIS et CM
15.09.2026

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