POURQUOI BAM OPTE POUR LE CIBLAGE DE L’INFLATION ? - Pr. Ahmed Azirar
En gros, « la politique de ciblage de l’inflation se distingue par son objectif unique et explicite (un
taux cible d’inflation à moyen terme), sa transparence via une communication claire, et son
ancrage nominal, offrant une priorité à la stabilité des prix sans s’engager envers des agrégats
monétaires intermédiaires. Ce qui la rend plus crédible et efficace face aux chocs,
contrairement aux politiques plus discrétionnaires ou basées sur des cibles intermédiaires
comme la masse monétaire » (Encyclopédie économique).
Dans le registre de la politique conjoncturelle, dans son volet monétaire, outre le ciblage
d’inflation, sont utilisées d’autres politiques monétaires comme le ciblage des agrégats
monétaires (contrôle direct de la masse monétaire), le ciblage du taux de change, les politiques
de taux d’intérêt directeurs qui créent un taux directeur, ou une fourchette de taux ; ainsi que les
politiques non conventionnelles utilisées dans des cas de nécessité comme le Quantitative
Easing, ou la gestion des anticipations d’inflation. Si ces approches varient dans leurs objectifs
intermédiaires, elles visent toutes la stabilité des prix ou le soutien de l’activité économique. Chacune priorisant l’une par rapport à l’autre.
Il y a bien entendu, théoriquement, des différences entre la politique de ciblage de l’inflation
(PCI) et les autres instruments de politique monétaire utilisables. La plus importante est que la
PCI se détache du soutien direct à l’activité économique.
-Ciblage direct: En effet, contrairement au ciblage de la masse monétaire (où l’on contrôle la quantité de monnaie en circulation), le ciblage de l’inflation fixe directement un taux d’inflation (ex : 2%) comme but ultime, n’agissant qu’indirectement sur d’autres variables (croissance, emploi).
-Transparence et crédibilité : La banque centrale annonce sa cible et communique ses
décisions, ce qui ancre les anticipations des agents économiques et renforce sa crédibilité.
-Flexibilité : Bien qu’ancrée sur la stabilité des prix, elle permet une certaine flexibilité
(discrétion contrainte) pour gérer les chocs économiques (énergie, demande extérieure…),
évitant des ajustements pro-cycliques excessifs, contrairement à des règles monétaires rigides.
-Simplicité et efficacité : Elle offre un cadre clair et compréhensible pour le public, qui vise à
améliorer la performance macroéconomique et à réduire la volatilité de l’inflation et de la
croissance à long terme.
-Abandon des objectifs intermédiaires : Elle ne vise pas un taux de croissance spécifique de la
masse monétaire, considérant que la stabilité des prix à moyen terme est le meilleur ancrage
pour une croissance durable, ce qui était une critique des autres méthodes.
En résumé, le ciblage de l’inflation est un régime où la stabilité des prix est l’objectif
principal et déclaré, guidant toutes les actions de la banque centrale via une communication
transparente pour ancrer les anticipations et mieux gérer les chocs économiques. La BC ne
traite plus directement les autres objectifs économiques qui sont de la responsabilité d’autres
institutions. Elle veut aussi, dans une économie libérale structurée, prendre le « lead » de l’équilibre économique global pour lequel elle
fixe un taux d’intérêt directeur optimum.
En optant pour le ciblage d’inflation, BAM reste ainsi-faisant dans sa mission statutaire. Mieux,
dorénavant, elle cible directement cet objectif. BAM affirme sa totale indépendance mais ne se
retire pas de sa relation indirecte avec la politique budgétaire. Mieux, sans le dire, elle compte
mieux servir à l’amont cette dernière.
En démocratie libérale, la neutralité́ de la banque centrale est un fondement exigible. BAM donne donc
un signal clair aux futurs gouvernements. Son objectif direct unique restera la stabilisation du
niveau
un signal clair aux futurs gouvernements. Son objectif direct unique restera la stabilisation du
niveau des prix à un taux jugé optimum. La règle du jeu est de fixer de manière transparente sa
cible d’inflation à moyen terme à un niveau optimum.
Taux optimum veut dire en macro-économie que ce sera un taux d’intérêt d’équilibre simultané
sur le marché des biens et services et le marché monétaire. Dans l’espoir qu’en découle un
équilibre même relatif sur le marché de l’emploi. Taux qui observe aussi l’inflation etrangere surtout dans les pays concurrents pour sauvegarder la competitivité nationale et le taux de change.
Il est normal que cette orientation, applicable dès 2026, appelle quelques observations.
1. Même dans des pays développés, la banque centrale ne peut s’affranchir totalement de ses
obligations envers le secteur productif. Des politiques d’accommodation sont utilisées. Et
même de façon croissante ces dernières années pour faire face à l’atonie de la croissance,
l’aggravation du chômage et des inégalités.
2. La politique monétaire rencontre des limites structurelles en contexte de pays à structures
socioéconomiques immatures. Les structures restent relativement figées : Le taux réduit de
bancarisation ; la forte circulation fiduciaire ; le secteur informel tenace ; les grands besoins
monétaires du Trésor Public, constituant une demande captive pour les banques commerciales et, par ricochet, un effet d’éviction pour le secteur privé. Bien plus, ce besoin de trésorerie publique augmente avec
la croissance des dépenses publiques en infrastructures diverses (158 Mds DH en 2027). Le
taux de déficit budgétaire annoncé a 3.4% en 2026 reste sous-estimé car couvert par des
écritures comptables, par les privatisations et par les « financements innovants » (leasing d’actifs
publics). Par ailleurs, le communiqué de BAM du 17.12.25 reconnait que : « Sur le volet de la
transmission des précédentes décisions du Conseil, la baisse des taux débiteurs assortissant
les crédits bancaires au secteur non financier demeure partielle, le recul cumulé depuis le
début de l’assouplissement monétaire en juin 2024 ressortant au troisième trimestre 2025 à 58
points de base (pb), contre 75 pb pour le taux directeur ».
3. L’inflation marocaine n ́a pas ses ressorts fondamentaux dans des mécanismes internes. Ce
sont plutôt des facteurs externes qui agissent avant d’être intériorisés. C’est le cas depuis 2019
du Covid, de la fragmentation économique mondiale, des chaines logistiques perturbées, des
crises hybrides géostratégiques (climat, énergie, aliments, électronique…).
4. La fragilité́ du matelas de change dépendant des MRE et du tourisme- combien même son
état actuel est satisfaisant- milite pour une politique de change encore sous viseur, en
attendant des IDE plus importants et surtout des exportations encore plus soutenue et à forte
valeur ajoutée interne.
5. D’autres banques centrales comme la FED fixent une fourchette de taux directeurs et non
pas un TD principal. Cela donne plus de souplesse et permet aux décideurs économiques une
malléabilité meilleure des leviers macro-économiques autres que monétaires (Production et
répartition).
6. BAM est-elle indépendante du groupement des banques pour prétendre assurer sa totale
neutralité ? La capacité d’intermédiation de la BC ne peut être que relative surtout qu’une
bonne part du marché bancaire est constituée par le Trésor public.
7. La politique budgétaire et la politique monétaire ne peuvent nullement s’ignorer totalement
ne serait-ce que pour éviter des conflits de buts nuisibles, à l’économie et à la société. Même si
l’histoire récente des faits montre dans beaucoup de pays, à certains moments, l’existence de
heurts entre les deux politiques conjoncturelles, elles ne peuvent rester longtemps en
désaccord. Mieux, elles doivent s’accommoder mutuellement.
En conclusion, BAM opte pour le ciblage de l’inflation pour se conformer davantage à
ses statuts ; elle veut aussi se marquer une zone plus étendue d’autonomie, comme enfin elle
veut simplifier ses procédures, espérant une efficacité meilleure pour soutenir et régulariser le
trend de la croissance économique et partant renforcer sa crédibilité.
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