Famille et entreprise: est-ce le bon ménage?
« Entreprises familiales: Les géants fragiles de l’économie », vient de titrer le journal l’Economiste un de ses récents articles.
La jeune Association professionnelle des entreprises familiales, qui a été constituée il y a quelques années, vient de dévoiler les résultats d’une étude qu’elle a réalisée. Longtemps éstimé sans véritable mesure statistique précise, le poids des entreprises familiales vient d’etre enfin annoncé. « Ces entreprises représentent, selon cette étude, 92,9% du tissu entrepreneurial national, assurant près de 65% de l’emploi privé et contribuant à hauteur de 60,5% à la valeur ajoutée du pays ».
A croire ces chiffres, cette association devrait etre la légitime représentante des entreprises marocaines. Comme d’ailleurs les TPME qui dominent le paysage des affaires. Néanmois, si cette association représente des géants, elle les qualifie de structures fragiles demandant assistance.
De quoi souffrent elles au juste?
Les entreprises familiales forment l’épine dorsale de l’économie nationale. Si elles tirent leur force de la cohésion et de la culture locale, elles sont aujourd’hui confrontées à d’importants défis de modernisation.
Leur force réside, entre autres, dans leur stabilité et résilience . En effet, fortement ancrées dans la culture du capitalisme familial local ( fassi, soussi et autre), elles affichent souvent une meilleure résistance en temps de crise grâce à leur vision à long terme. Elles profitent d’un engagement et d’une forte confiance. Les liens étroits et l’implication personnelle des dirigeants favorisent la cohésion, un management agile et une prise de décision rapide. En outre, ce genre d’entreprise fait partie du patrimoine de la famille, ce qui lui garantit un investissement continu pour sa pérennité.
Les faiblesses sont multiples et sources de ladite fragilité. Il y a d’abord, la gouvernance informelle . L’absence de cadres de gestion clairs et la centralisation excessive des décisions freinent souvent le développement.
Cette lacune a pour corollaire le manque de professionnalisation des ressources humaines. La difficulté d’attirer et de fidéliser des talents externes non familiaux, existe souvent par manque de perspectives d’évolution.
Il y a surtout, les épineux défis de la transmission. Le passage de relais d’une génération à l’autre est souvent le talon d’Achille des entreprises marocaines, causant parfois des tensions sur la répartition du pouvoir.
C’est dire, que le sort de ces entreprises est entre les mains propres de leurs proprietaires. Oser s’ouvrir et transformer leu statut juridique est la solution inévitable pour assurer leur longévité. Cela arrangerait du coup la famille, les acteurs et les partenaires de ces entreprises et permettrait de leur lacher les brides pour croitre, se faire gérer optimalement et assurer leur perennité.
Le seul blocage reste souvent sentimental. L’attachement fort du créateur à « son » entreprise, qu’il veut transmettre exclusivement aux membres de sa famille bloque l’horizon et mene souvent l’entreprise à sa faillite.
L’histoire du capitalisme dynamique s’est faite par la réussite de la transmission, de l’industrialisation de l’artisanat, de la croissance des TPME et de l’innovation. Et bien entendu, de la mutation mentale qui accompagne cette dynamique.
» Apres nous, le déluge! », est un adage à bannir!
Pr Ahmed Azirar. Economiste
09.06.2026.
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