Blé : l’histoire se répète
«Si on continue ainsi, il n’y aura plus de blé tendre cultivé au Maroc » ou à contrario « Un stock stratégique de blé tendre importé est aussi important pour sécuriser l’approvisionnement du marché national » : ce sont deux prismes différents pour voir la problématique continue du blé au Maroc. D’un côté, les agriculteurs dont le prix de soutien ne leur permet pas de rentrer dans leurs dépenses en forte hausse, et de l’autre, les importateurs qui réalisent des profits consistants et qui se cachent derrière un argument massue, celui du stock stratégique national ! Et entre les deux, l’Etat, qui navigue de Charybde en scylla, qui est tantôt du côté des importateurs lorsque le cours international du blé est favorable au budget national, ou du côté des agriculteurs, car la faillite de la production nationale suppose un chômage rural en hausse, un exode rural obligé … avec tout ce qui s’ensuit sur les banlieues des villes !
L’histoire du blé se répète chaque année de bonne pluviométrie et de moisson record. De souvenir, en 1986 déjà, année de record productif de céréales suite à une pluviométrie exceptionnelle, comme le Maroc en connait généralement une fois par décennie, une vive polémique (exceptionnelle) a opposé le patronat marocain et le Ministère des finances via « Cedies informations » (le bulletin de la CGEM, que je rédigeais à l’époque) et le journal « la vie économique ». Le sujet est exactement le même que celui qui est en discussion actuellement. Le subventionnement du blé local coute plus pour le budget que la moins-value causée par les importations. Le rédacteur en chef de l’époque, défendant le point de vue du ministère des finances, a écrit d’un ton acerbe, en substance : « de quoi se mêle le patronat pour défendre la paysannerie ?». Or, la CGEM, n’avait pas du tout dans sa logique de défendre les petits agriculteurs, mais elle voulait attirer l’attention sur la demande, et sur les effets sociaux de la chute des revenus des campagnes et de ses conséquences sur les villes et sur le tissu économique.
C’est pour dire que la problématique perdure. Ni la sécurité alimentaire des marocains, ni les intérêts du Trésor ne sont durablement sauvegardés. Et cela dure depuis que le déséquilibre alimentaire a commencé à s’aggraver dans les années 1960 avec la démographie galopante, la demande alimentaire croissante et la pluviométrie fluctuante.
Les récentes stratégies du « Maroc Vert » et de « Green Generation » qui lui a succédée, ont certes eu des réussites notamment à l’exportation, mais ont failli dans le domaine de l’économie vivrière et de la céréaliculture et, plus généralement, autant dans la sécurité que la souveraineté alimentaires auxquelles SM le Roi a appelé à plusieurs reprises.
C’est dire, que l’avenir, lesté par la problématique de la rareté et du cout exorbitant de l’eau, impose un changement de paradigme en matière agricole. Le retour vers des objectifs de rupture avec la dépendance alimentaire s’impose. D’autant que la guerre stratégique mondiale s’exacerbe en matière d’énergie et d’aliments. Et au deux niveaux, le Maroc se doit de doubler d’efforts et de privilégier l’autonomie nationale à l’équilibre budgétaire de court terme. A long terme, une stratégie d’indépendance alimentaire sera doublement utile, socialement et financièrement.
Et coté santé, les nutritiinnistes conseillent un retour à l’orge, au lieu du poison blanc, tueur silencieux.
Pr Ahmed AZIRAR
Economiste. Fondateur du CEREM (Ex AMEEN).
15.06.2026
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