"Moul l’hanout" et les intermediaires au centre de la lutte contre la vie chère

Moul hanoute epiciers

Quand Neil Armstrong a foulé la lune, que ne fut grande sa surprise: Brahim moul l’hanout était dejà là entrain de ranger ses butanes à gaz!
L’épicerie et le souk hebdomadaire, ont depuis toujours dominé la distribution au Maroc. Tout marocain a forcément un lien avec ces lieux non seulement d’échanges , mais de convivialité aussi.
La derniere enquete nationale réalisée par le HCP a confirmé la domination du commerce de détail dans la grille des établissements économiques en activité.
La nouveauté, c’est que le retail est devenu un domaine fortement convoité meme par les investisseurs « modernes ». Le retail est devenu un créneau qui attire de plus en plus comme s’y active déja le hard discount, la moyenne distribution et les enseignes nationales et étrangeres de vente in situ ou à distance.
Le ministere responsable a beau organiser des forums dans lequels il a réuni des milliers de Moul l’hanout pour tenter de les organiser et de les former pour leur donner l’occasion de résister à la concurrence qu’ils subissent.
On a beau leur dire que leur métier est imbattable et que la distribution organisée ne condamne par à mort leur gagne pain. Les épiciers traditionnels ressentent la concurrence qui oblige beaucoup de rideaux à baisser.
En fait, l’épicerie traditionnelle au Maroc n’est pas condamnée, bien qu’elle traverse une phase de profonde restructuration face à l’essor agressif de la grande distribution et du hard discount. Malgré la croissance continue des supermarchés, le commerce traditionnel continue de dominer le paysage avec environ 80 % des parts de marché du retail dans le pays.
Plutôt qu’une disparition, les analystes s’accordent sur un scénario de résistance et d’hybridation. On se rappelle que des modeles d’aggrégation ont tenté un business model qui a échoué.
Le Moul L’hanout individuel (ou en réseau d’affaire ou familial) reste imbattable. L’épicerie de quartier ne repose pas uniquement sur la vente de marchandises ; elle s’appuie sur un modèle socio-économique particulier qu’aucune application de livraison ni supermarché ne peut totalement reproduire.
Le carnet de crédit (Kounach) en est le pilier central. Plus de 70% des épiciers accordent toujours des facilités de paiement à leurs clients. Cette économie de la confiance permet aux ménages à revenus modestes ou irréguliers de lisser leurs dépenses au fil du mois. Aussi, et contrairement aux grandes surfaces qui imposent des emballages familiaux, l’épicier vend à l’unité (deux œufs, un demi kilo de lentilles, quelques cigarettes). Cela permet d’adapter la consommation à la liquidité journalière de l’acheteur.
En outre, l’épicier est meme devenu le gardien des clés du quartier, un confident, un intermédiaire logistique informel et un repère disponible à des horaires très étendus.
Bien plus, la caste sociale, voire ethnique, des moul l’hanout, a tellement accumulé d’expériences et de savoir-faire, que des régions entieres s’y trouvent impliquées, assurant au métier une continuité fluide et une dissémination à travers tout le pays. Le modele a meme été exporté dans de nombreux pays d’Europe suivant les traces des immigrés marocains.
Une part du capital privé marocain s’est constituée à partir de l’épicerie, comme une autre partie citadine s’est quant à elle construite sur le commerce de gros textile. La these de doctorat du Pr Mohamed Ghali Berrada a analysé ce processus.
N’empeche! Les menaces du commerce moderne sur le détail sont réelles .
L’offensive du hard discount de proximité est forte. L’expansion de géants nationaux et etrangers vise directement le cœur de cible de l’épicier, le consommateur de quartier à la recherche de prix bas.
L’expansion du retail moderne capte de plus en plus davantage de nouvelles habitudes de consommation de la classe moyenne urbaine.
A titre d’exemple, dans un quartier de Casablanca comme le Val fleuri, jadis résidentiel tranquille, on compte pas moins d’une vingtaine de centres de distribution récemment ouverts par des enseignes diverses, contre un nombre réduit d’épiceries qui resistent. Jusqu’à quand?
Allons nous, alors, vers un modèle hybride?
L’avenir proche de l’épicerie marocaine semble ne pas passer par sa disparition, mais plutot par sa modernisation technologique.
On assiste à l’émergence de plateformes e-B2B qui connectent directement les grossistes et les marques aux épiciers de quartier. Cette digitalisation légère leur permet de massifier leurs achats, d’obtenir de meilleurs prix de gros et d’intégrer des outils de paiement mobile tout en conservant leur comptoir physique et leur relation client.
Les projections à horizon 2035 tablent sur un commerce traditionnel qui pourrait se stabiliser pour représenter plus de 50 % des ventes alimentaires du pays, scellant un équilibre durable entre la modernité des grandes surfaces et l’indispensable filet social du hanout. Les quartiers poulaires les petits centres urbains continueront à faire vivre l’epiceier du coin.
Un gisement de valeur ajoutée existe toujours dans ce secteur, comme dans celui des souks traditionnels qui, eux aussi, appellent une refonte majeure. Et dans les chaines d’intermédiation à maitriser.
La problématique de la distribution est au centre de la lutte contre la vie chere et l’inflation, revendication marocaine insistante. Il y a là un volet prioritaire des politiques publiques actuelles.
Pr Ahmed Azirar. Economiste
CEREM.
https://ahmedazirar.com

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