Que de crises géo économiques et sécuritaires en Afrique!
Le Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu en février 2024 à Addis-Abeba, en Ethiopie, on s’en souvient, avait mis en exergue plusieurs crises géopolitiques et géoéconomiques qui menacent la stabilité et la sécurité du continent.
Menaces d’autant sérieuses que des parties étrangères, y compris des agences de mercenaires, s’y activent en plus de groupements terroristes.
Parmi les crises actives, notre continent en compte plus d’une trentaine, que l’actualité ukrainienne et palestinienne met en sourdine malgré leur dangerosité.
Parmi ces crises, le conflit au Sahel implique, surtout depuis l’éclatement de l’ancien régime libyen, des groupes armés djihadistes, des rebelles touaregs et des milices d’autodéfense. Cette crise ouverte, qui a fait des milliers de morts et de déplacés, fragilise les États de la région malgré la création d’une Alliance entre eux.
Autre conflit, celui vivace dans l’est du Congo, est autant complexe que durable. Cette crise s’entretient par des conflits armés, des violations des droits humains, des déplacements de populations, et une crise économique.
Autre conflit, la guerre civile en Éthiopie qui a débuté en 2020 entre le gouvernement fédéral et la région du Tigré. A ce jour, cette guerre a induit une grave crise humanitaire, fragilisé le tissu économique, et réduit les investissements auparavant dynamiques.
Concernant l’Ethiopie toujours, le problème né avec l’Egypte et le Soudan autour de la gestion des eaux du Nil suite à la construction du grand barrage éthiopien, reste vivace et porteur de risques graves.
Également préoccupant, l’instabilité politique et économique du Soudan dure depuis le coup d’État militaire d’octobre 2021. Cette crise a déjà fragilisé le pays et fait fuir les populations et les investisseurs. Elle fait craindre une exacerbation ouverte de la guerre civile.
La Libye est en proie à une guerre fratricide depuis 2011, qui a conduit à la fragmentation du pays et à l’émergence de groupes armés rivaux. Cette crise a également favorisé le développement du terrorisme et la migration clandestine.
Autre crise, le golfe de Guinée connaît une recrudescence de la piraterie maritime et des attaques contre les navires. Cette instabilité menace la sécurité du transport maritime, deja perturbé a Bab El Mendeb, exacerbe les craintes des investisseurs internationaux et freine le développement de cette zone.
Autre point de préoccupation, le Lac Tchad qui vit une crise environnementale et humanitaire qui affecte plusieurs pays d’Afrique centrale. En une quarantaine d’années, le lac Tchad a perdu 90% de sa superficie, provoquant des inondations, la sécheresse, des heurts entre les populations et le recul des investissements étrangers.
Les développements politiques crispés au Mozambique et dans la Corne de l’Afrique, n’en restent pas moins préoccupants.
Enfin, bien que non soulevé par le dernier sommet de l’UA, le conflit artificiel imposé au Maroc par son voisin de l’est au sujet de ses provinces sahariennes, dure depuis 50 ans. Il semble ouvert tant sur une guerre ouverte, lourde de conséquences, que sur un deal de paix autour du plan d’autonomie desdites provinces sous la souveraineté du royaume du Maroc, comme le souhaitent déjà les grandes nations membres du Conseil de Sécurité et une centaine d’autres pays.
Cela étant dit, l’endettement excessif, la dépendance alimentaire, la faible couverture électrique, le changement climatique, les migrations internes, et les crises sanitaires restent autant de préoccupations pour le continent.
En attendant des solutions, l’Afrique met en avant son agenda 2063 et continue de faire l’essentiel de ses échanges avec l’UE. Le commerce avec la Chine progresse de manière sensible moyennant la méthode des matières premieres contre des infrastructures. Quant au commerce avec la Russie, relativement réduit globalement, il est consistant surtout en matière d’armes (avec l’Algérie et le Mali comme clients principaux) et de céréales ( avec Kenya et Egypte en tete des clients). Quant aux USA sous Tramp 2, ils mettront certainement les bouchées doubles en direction de l’Afrique.
Pour sa part, le commerce intra-africain reste dans la limite de 15% de l’ensemble (+de 60% pour l’Europe). La ZLECAF, entrée en vigueur en janvier 2021, signée par 48 pays sur 54, mais encore en mal de ratifications suffisantes, tente de changer la situation moyennant des corridors logistiques et des chaines de valeurs régionales. Des pays, comme le Maroc s’y activent d’ailleurs, et commencent à commercer entre eux dans ce cadre, comme c’est le cas du Nigeria, de l’Egypte, du Kenya et de quelques autres pays.
La dynamique commerciale inter africaine s’enclenche ainsi. Ce qui pourrait aider l’UA à résoudre les conflits liés, géo économiques et sécuritaires, elle qui gère les affaires d’un continent des plus riches et des plus populeux de la planète; l’avenir du monde, dit-on!
Prof. Ahmed Azirar / 12.11.2024.
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