Pas de grève à l’horizon 2030?

Pas de greve a lhorizon 2030

La grève est une création du système capitaliste créateur du salariat généralisé. C’est une avancée importante par rapport au servage et à l’esclavagisme. Son paradigme de base reste identique depuis la naissance du salariat. Au lieu que les deux partenaires, travailleurs et patrons, sous l’arbitrage de l’Etat, concentrent leurs énergies sur les modalités d’augmentation de la valeur ajoutée … à partager équitablement, chaque clan se focalise sur sa raison d’être originelle. Le capitaliste sur les moyens « d’extorquer toujours plus de plus value absolue et relative », et l’ouvrier sur les revendications d’augmentation de son salaire et de réduction de la pénibilité. Une rente de propriété contre une rente de fonction. Deux faces d’une meme piece. Quant à l’Etat ce qui l’intéresse en priorité, c’est l’ordre public.

Et cela dure. On reste, à l’ere de l’industrie 4.0 au schéma du début du capitalisme manufacturier. Beaucoup d’eau a pourtant coulé sous les ponts. La technologie a bouleversé la productivité et l’éducation a amélioré les aptitudes des travailleurs. Tout semble aller dans un sens unique, celui de l’amelioration continue de la productivité et de l’augmentation tendancielle des profits. Adieu Ricardo et Marx! Quant aux salaires ils sont rongés continument par l’inflation et par la ponction fiscale à la source. La pression doit rester constante sur le travail. Pression qui ira a l’extreme avec l’IA et la robotisation extreme.
Au Maroc, le projet de loi de la grève, bloqué depuis deux décennies vient d’être débloqué par le gouvernement proche des milieux d’affaires, qui s’en félicite. Il semble l’avoir été selon la meme double logique: comment améliorer le droit de la grève et comment garantir le droit du travail et le taux de profit, origine dit-on de l’investissement et du « ruissellement » du bonheur! Autrement dit, le capital garde la main. Normal. Il paie le salaire après coup et il consentira des améliorations salariales, en général, après de dures moments de grève que les ouvriers ont le droit de mener selon des règles désormais plus draconiennes. De toute manière, l’augmentation n’ira jamais au delà du seuil de la reconstitution de la force de travail du salarié et de son espèce. Le travailleur sera toujours au travail (ou en grève), et le patron aux commandes et à l’accumulation du capital.
Sortira-t-on jamais de cette vieillotte logique pour que les « partenaires sociaux » se concentrent tous ensemble sur la création de plus de valeur ajoutée, à partager équitablement ? Attendons pour cela que les syndicats ouvriers et les organisations patronales changent de mindset.
Espérons pour l’immédiat, que le déblocage de ce projet de loi puisse débloquer l’investissement privé créatif de postes d’emplois non précaires et en nombre suffisant pour réduire le taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes, les femmes el les diplômés.
Attendons avec grand espoir la concrétisation de l’annonce faite en conseil de gouvernement de lancement d’un nouveau plan emploi.
Le Maroc de 2030 doit accueillir le monde dans un contexte totalement apaisé et de… sourires généralisés. Pour que la fete soit totale.

Pr Ahmed Azirar. Economiste. Président de l’AMEEN.
Le 10.12.24

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