OCDE et HCP: la statistique de la discorde
L’OCDE a récemment publié un Rapport traitant de l’économie nationale ( Etudes économiques de l’OCDE. Maroc 2024) dans lequel ses rédacteurs ont épinglé la statistique marocaine en insinuant sa crédibilité réduite et en pointant des « lacunes » du système statistique national.
Il n’en fallait pas moins pour déclencher l’ire du HCP. Cet organisme en charge des statistiques officielles du Royaume a rendu public un communiqué remettant les choses au point.
Que peut-on dire de cet échange à peine feutré?
En tant utilisateur des statistiques tant marocaines, qu’africaines et mondiales, en ma qualité d’universitaire et d’acteur associatif, et ce, depuis les années …1980, je ne pourrai que témoigner du grand professionnalisme et de la neutralité des cadres du système statistique marocain. Je me souviens de discussions animées avec certains parmi ces cadres face auxquels je défendais parfois des positions bien plus soft comparées aux leurs.
En tant qu’enseignant j’ai eu aussi à verifier l’application stricte par le Maroc, des normes comptables universelles, parfois meme parmi les premiers pays au monde.
L’on sait qu’au Maroc, on n’est plus depuis longtemps à l’ere du ministère du plan ou du ministère de l’information. La sortie officielle du système statistique national de l’emprise du gouvernement a été actée de longue date, ainsi que son institution en haut commissariat indépendant, que chapeaute d’ailleurs un illustre opposant de gauche.
Chacun est témoin du fait que des statistiques et certaines prises de positions du HCP suscitent souvent la réaction du gouvernement, en particulier quand il s’agit d’inflation, de chômage, et meme du taux de croissance… la reaction est souvent le fait de ministres politisés, ce qui est tout a fait comprehensible. Le fait que des malentendus (meme rares) opposent Bank Al Maghrib et le HCP, l’est moins.
La méconnaissance par certains journalistes des subtilités de la science statistique entretient parfois des doutes dans certains esprits non au fait des details statistiques et partant de leur interprétation. A titre d’exemple, une simple confusion entre un agrégat brut ou net, nominal ou reel, national ou intérieur… suscite des cafouillages!
Bien plus important, et ayant eu à participer à des négociations internationales, j’ai eu à sentir que la manipulation statistique est un sport habituel chez certains pays. Cette manipulation peut toucher la démographie, la production, le commerce exterieur et bien d’autres domaines. L’objectif recherché peut être un avantage en négociation ou plus généralement une meilleure position dans des rankings régionaux ou internationaux. Ces pratiques, je n’ai pas eu à les ressentir, coté marocain, en ma qualité de représentant d’associations professionnelles. Lesquelles associations ont eu souvent à se lamenter de la sincérité des positions marocaines face à des données étrangères douteuses.
Cela étant dit, des organismes comme l’OCDE, le FMI ou la Banque Mondiale… ne sont que des utilisateurs des statistiques de base émises par le HCP. Certes, ils travaillent dessus, les recoupent, et en suivent ce qui est le plus important, comme le savent les statisticiens, les évolutions qu’elles décrivent, moyennant la meme base méthodologique et temporelle. Car l’on sait que sont bien mieux expressives les evolutions (taux) que les quantums absolus.
Mais, il faut dire que tout n’est pas parfait dans le système national. Des lacunes existent au niveau des statistiques locales, régionales et micro notamment. Comme sont appelés à se réformer certains indices, dont celui des prix notamment.
Le Roi Mohamed VI en personne a appelé il y a quelque temps à transformer le HCP en agence mieux équipée, matériellement et humainement. Ceci est bien le voeu de beaucoup d’utilisateurs de divers bords, pour une quietude meilleure. Cette transformation est en cours certainement.
Toujours est-il que rien n’empêche les universités, les syndicats, les associations professionnelles… de créer leurs systèmes statistiques et d’entreprendre des études et enquêtes pour leurs propres besoins ( l’essentiel est que les méthodologies adoptées soient scientifiques, et publiées).
In fine, la critique véhiculée par le rapport de l’OCDE est-elle un coup de pouce voulu pour accélérer la transformation du système statistique marocain? C’est comme si…
De toute façon, les Etats modernes savent que rien ne vaut des statistiques aussi justes que possible. Et que les bons comptes font-ils les bons amis! Meme s’ils savent également qu’on peut faire dire aux statistiques des choses bien contradictoires!
AzA/ 16.09.2024
Pas de commentaire