Le Maroc et les BRICS plus : quelle stratégie à l’horizon 2035 ?
L’analyse des relations du Royaume du Maroc avec chacun des six pays BRICS (et Turquie), faite en 2012 par l’IRES, s’est avérée être conforme au choix stratégique que le Royaume a retenu depuis, en travaillant avec chacun des pays de façon bilatérale, pour renforcer et diversifier ses partenariats, tout en gardant une écoute attentive sur ce que le groupement des BRICS entreprenait, et en observant une distance tactique et un comportement pragmatique avec lui.
Cependant, les évènements majeurs, internes et externes, intervenus depuis 2012 modifient les bases de l’environnement politique, économique et social sur lesquelles ladite étude a été fondée. Ce qui dicte une modification de l’optique de travail sur les relations du Maroc avec ce groupement, qui plus est, vient de s’élargir à cinq nouveaux pays.
Au niveau interne, l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution marocaine a créé les fondements de nouvelles relations institutionnelles solides, sous la conduite du pouvoir royal, ciment incontesté de la nation. L’engagement accéléré de nouveaux plans sectoriels, de la régionalisation avancée, de relations internationales rénovées et équilibrées, ayant entrainé la mutation du tissu économique et infrastructurel du pays, avec un afflux d’IDE, une diversification des partenaires extérieurs avec un focus volontariste sur le continent africain en général, et l’Afrique de l’Ouest, en particulier.
Le retour du Royaume dans l’Union Africaine a confirmé cette orientation stratégique et a renforcé la présence marocaine dans l’économie continentale dans divers secteurs d’activités.
En outre, l’acceptation du principe d’adhésion du Maroc à La CEDEAO, le rang confirmé de premier investisseur en Afrique de l’Ouest et le second dans tout le continent, l’engagement de la construction du gazoduc Nigeria-Maroc, devant servir 11 pays africains et exporter du gaz en Europe, et l’entame de la constitution du groupement atlantique sud, autant de facteurs qui ouvrent la voie grande à un leadership marocain certain. Lequel leadership s’est encore précisé avec l’adhésion de plus d’une centaine de pays, y compris les grandes puissances mondiales, à la proposition marocaine du Plan d’autonomie des provinces du sud, comme étant la solution sérieuse et crédible pour clore le dossier du Sahara marocain et du conflit avec le voisin algérien. C’est dans cette dynamique que fut intervenue la signature des Accords d’Abraham.
Aussi, la gestion réussie, donnée en exemple mondial, de la pandémie Covid.19, l’engagement d’un nouveau modèle de développement, l’éclatante prestation footballistique de notre équipe nationale au Qatar/Fifa 2022, sont-ils autant de faits, qui rehaussent énormément le prestige international et la notoriété du Maroc, concrétisent l’efficience de sa diplomatie et son soft power et confirment sa classe établie de puissance régionale émergente.
Sur le plan mondial, on pensait qu’une fois la pandémie Covid-19 passée, un monde nouveau plus équilibré et « équitable » allait être construit. Exactement ce qu’on supputait à l’égard de la grave poly crise de 2007-2008, dont on disait qu’elle allait susciter la refonte du système économique et financier mondial. La guerre en Ukraine, qui a mystérieusement éclipsé Covid-19, se trouve elle-même, mise en sourdine par la guerre entre Israël et Hamas qui fait rage et qui reste ouverte sur tous les scénarii.
Le monde est marqué par les guerres directes et de civilisations suscitées, la montée des extrêmes, la fragmentation du système mondial, la démondialisation et le dérèglement du fonctionnement des chaines de valeurs économiques et logistiques, le surendettement des pays « pauvres » et l’émergence, encore tatillonne, d’un « Sud Global », dont le Groupement des BRICS plus, devenant une réalité dès le 1er janvier 2024, veut justement prendre le leadership. La question du changement climatique qui menace notre planète dans son ensemble retient très peu d’attention dans ce contexte.
De fait, le groupement BRIC créé en Russie en 2009, avec l’idée de simple communauté et non de pôle, est-il aujourd’hui en train de changer de stratégie pour se dresser face au pôle Occidental dominant ? C’est la question centrale que doit se poser toute réflexion sur les relations futures possibles entre le Maroc et ce groupement élargi.
La problématique des relations avec le groupement des BRICS se présente différemment après que le 15ème sommet des BRICS à Johannesburg ait eu lieu. Désormais, non seulement BRICS Plus existe bel et bien (dix pays et de multiples candidats au portillon), mais en plus, il travaille sur sa nouvelle stratégie, son nouveau positionnement et ses moyens d’actions.
De manière plus précise, la présente étude aura pour objectifs :
– d’actualiser l’étude de 2012, en tenant compte de l’évolution du contexte international et de la situation de chacun des pays membres des BRICS Plus ;
– de mener une approche prospective quant à l’avenir de ce Groupe sur le plan politique, économique, social et environnemental ainsi que sur l’influence qu’il pourrait avoir sur l’évolution de l’ordre mondial ;
– de proposer les grandes lignes d’une stratégie à adopter par le Maroc à l’égard du nouveau Groupement, en examinant l’ensemble des possibilités qui se présentent en termes de modes d’alliances.
Sachant que l’étude traitera en priorité et dans un esprit de synthèse des relations du Maroc avec les BRICS+ plutôt que des relations du Royaume avec chacun des pays. Pour atteindre ces objectifs, il sera nécessaire, d’abord, de faire le bilan de ce que le groupement des BRICS a réalisé depuis sa création et depuis sa réunion à Fortaleza au Brésil en juillet 2014, date de création du seul organisme intergroupe qui fonctionne à ce jour, à savoir, la NBD (Nouvelle Banque de Développement), installée, bien significativement, à Changhai.
Il sera nécessaire, ensuite, de soupeser les nouvelles forces en présence, les plans d’action envisagés et les moyens que le groupement compte mobiliser.
Ainsi, si la triple méthode, descriptive, analytique et prospective, qui avait été adoptée pour l’étude de 2012 reste valable, les hypothèses sous-tendant ce nouveau travail sur le groupement, changent, tant que l’analyse se concentrera sur le groupement élargi agissant en tant que tel et se met à l’œuvre, désormais, pour créer un nouveau système mondial. Comme le Maroc de 2024, en ce qui le concerne, a énormément évolué sur tous les plans.
L’approche descriptive du groupe BRICS Plus, est un passage obligé. Elle consistera en la compilation de données macro-économiques et géostratégiques, tant de l’ensemble des 10 pays formant le Groupement, que le Groupement lui-même, à supposer à ce stade qu’il constituera vraiment un groupement compact (un pôle).
Quant à l’approche analytique, elle consiste à apprécier les relations entre le Maroc et les BRICS Plus, en faisant le bilan de la double décennie d’existence des BRICS, en appréciant ce bilan et en se projetant dans le futur moyennant, notamment, une analyse SWOT.
L’approche prospective permettra d’ausculter des scénarii possibles de l’évolution des BRICS Plus et partant des opportunités et risques que le Maroc devrait envisager pour définir sa stratégie de relations avec ce groupement élargi, voire des sous-groupes le constituant.
Sans aller jusqu’à dire que le groupement BRICS Plus constitue un retour au-devant de la scène des anciens empires (Russie, Chine, Inde, Ethiopie, Incas-Aztèques, Maroc…), on ne peut ne pas voir dans le face à face qui se profile entre deux pôles antagonistes, un semblant de retour du cycle civilisationnel Khaldounien.
Le passage du témoin civilisationnel est un processus long et complexe qui ne se déroulera pas sans casse. Cette transition a-t-elle démarré avec la création des BRICS Plus tendant à réunir le Sud Global sous une même bannière pour engager la confrontation avec le pôle militaro-financier occidental ? Ou bien, le monde se dirige-t-il plutôt à un équilibre durable des pôles qui permettrait d’engager une phase d’action efficiente au bénéfice de l’humanité pour vaincre les menaces existentielles qu’elle affronte ?
Tout dépendra de la capacité du groupement des BRICS plus à vaincre ses fragilités actuelles et futures nombreuses, à faire de la NBD un vrai remplaçant, ou juste un concurrent compétitif des Organisations de Bretton Woods qui elles-mêmes ne manqueront pas de se réformer ; à créer leur système monétaire et leur devise commune ; à réformer le système onusien ; à assurer une coordination parfaite positive à l’égard des affaires internationales ; voire, à créer une force armée commune sous un Traité de l’Alliance des Océans Pacifique et Indien (ALOPI, en contrepoids à l’OTAN).
Devant cette métamorphose du système mondial, le Maroc fera-t-il jouer son substrat historico-géographique pour déterminer son positionnement dans le nouveau monde bipolaire ? Ou bien continuera-t-il à gérer ses intérêts de manière pragmatique comme cela lui réussit bien depuis l’accès au trône du Roi Mohammed VI, en renforçant davantage son pouvoir de négociation internationale ?
Les enjeux et le défis du Maroc sont multiples : la défense de son intégrité territoriale et des relations avec son voisinage régional ; la réussite de ses souverainetés de vie (ressources hydriques et énergétiques, alimentation, santé, éducation, cybersécurité) ; la gestion de sa démographie et des flux migratoires entrants et sortants ; le maintien de son équilibre culturel d’un Maroc diversifié et multiethnique ; et la vie en paix et en harmonie avec le monde entier.
Les nouvelles relations et alliances avec les BRICS plus (Groupement et pays) se feront au regard des gains à engranger dans la voie du relèvement de ces défis et de la consolidation du rayonnement de la puissance régionale qu’assume le Royaume. L’étude se fera en trois parties :
– Le Maroc dans un contexte mondial en configuration.
– Le Maroc et les BRICS plus : des partenariats différenciés.
– L’avenir des relations Maroc- BRICS+.
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