La gestion du taux de change du dirham marocain en processus progressif de flexibilisation avancée
La politique du taux de change du Maroc est du ressort du gouvernement. Le statut de Bank Al Maghrib ( banque centrale), notamment son article 11 precise que les orientations générales en matière de politique du taux de change sont fixées par le gouvernement après avis de cette banque.
Le gouvernement envisagerait, lorsque les conditions générales seront favorables, de passer du système de détermination du cours central du marché des changes selon la méthode du panier en cours depuis 1973, a un système de marche libre. C’est la un choix qui s’inscrit dans le cadre de stratégie marocaine de flexibilisation progressive de la valeur externe du Dirham.
Cette strategie avait été annoncée officiellement en avril 2015 dans un communiqué conjoint du Ministère de l’Economie et des Finances et de Bank Al Maghrib dans lequel il est annoncé que le Maroc adoptera une politique du taux de change plus flexible dans le futur qui sera mise en œuvre selon un processus graduel.
De fait, ce processus a été marqué par l’adoption de trois décisions successives.
-La première a porté sur le réaménagement des pondérations du panier opéré en avril 2015, et ce, à travers la réduction du poids de l’euro dans le panier de 80% à 60% et l’augmentation du poids du dollar dans le panier de 20% à 40%.
-La seconde étape a été franchie le 15 janvier 2018 à travers la mise en place d’un régime dans lequel le taux de change du dirham par rapport aux devises étrangères pourrait fluctuer dans la limite de 2,5% autour d’un taux de change central fixé selon la méthode du panier précité (c’est-à-dire une différence entre la valeur maximale et minimale du taux de change pouvant atteindre 5%).
-La troisième étape a été franchie en mars 2020, à travers l’augmentation de la limite de 2,5% précitée à 5% (c’est-à-dire une différence entre la valeur maximale et minimale du taux de change pouvant atteindre 10%).
« Aujourd’hui après presque neuf ans du lancement de ce processus, selon Omar Bakou, spécialiste, membre de l’AMEEN, il semblerait que les autorités envisagent de franchir un nouveau palier en matière de politique du taux de change.
Cette nouvelle étape serait marquée par l’abandon du système hybride actuel dans lequel la détermination de la valeur externe du dirham s’opère de manière conjointe entre l’Etat (le système de panier) et le marché (les marges de fluctuation) en faveur d’un système dans lequel la détermination de la valeur externe du dirham sera confiée aux forces du marché *».
Cette décision de flexibilisation du taux de change du dirham à travers le régime de flottement, au lieu de l’élargissement des bandes de fluctuation, pourrait en principe avoir deux explications économiques logiques selon Bakou:
-« La première, serait liée à la constitution d’une conviction auprès du gouvernement et de Bank Al Maghrib selon laquelle la période d’apprentissage du flottement est terminée et que le marché est aujourd’hui assez mûr pour s’occuper de la valeur externe du dirham sans risque de dérapage.
-La seconde, serait liée au constat de l’existence d’une certaine incompatibilité entre le maintien du système d’ancrage et la finalité du projet de flexibilisation du dirham, dans la mesure où ce système continue d’influencer les cours de change bilatéraux dans un sens qui ne reflète pas les réalités du marché des changes *».
Pour le moment, et suite au dernier conseil de BAM, l’étape suivante ne sera franchie que quand les conditions favorables seront disponibles.
*(interview Challenge du 8.4.24).
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