Début d’application des nouveaux tarifs douaniers américains
Ce sera un jeudi, le jour du début d’application à divers pays des nouveaux tarifs douaniers américains unilateralement surélevés. Ces taux vont de 10 à 50% fixés suivant des justificatifs politico-ideologico-economiques divers. Ça va de la riposte au jugement d’un partenaire ideologico-politique ( Bolsanoro le brésilien) à la pression contre un pays qui annonce vouloir reconnaitre l’Etat indépendant de Palestine ( Canada), l’Inde qui achète du pétrole bon marché à la Russie, ou encore à une pléiade de pays accusés de concurrencer déloyalement les produits américains ou bénéficiant d’un excédent commercial à l’égard des USA. Autant d’arguments tangents qui mettent le commerce international dans une situation d’expectative et qui confirment que le libre-echange n’a jamais été une loi économique établie, si ce n’est un levier politique utilisé selon le besoin des pays avancés en alternance ou cumul avec le protectionnisme.
Que se passera-t-il alors le 7 août? Rien ou presque. Pour deux raisons au moins.
*Un deal, un nouveau Yalta, semble avoir été conclu entre la Chine et les Etats-Unis, les deux puissances mondiales. Les droits de douane trumpiens élevés appliqués sans droit de réciprocité concernent soit des « petits » pays, soit des pays ou meme des puissances commerciales jugées inféodés comme l’Union Européenne. Celle-ci, embourbée dans la guerre en Ukraine, a vitalement besoin du parapluie militaire américain. Elle se trouve, du coup, livrée à la déferlante des produits chinois qui mettront à plat nombre parmi ses secteurs, dont l’automobile.
*Trump s’est gardé d’amortir l’effet prix sur les consommateurs américains en ménageant ses deux grands fournisseurs de biens de grande consommation ou stratégiques, la Chine et le Mexique.
L’enjeu américain est géo-strategique avant qu’il soit commercial.
Si rien ou presque ne se passera a court terme, il n’est pas sur qu’a terme, le commerce mondial se porte bien. A moins, ce qui n’est pas exclu, qu’un revirement américain n’intervienne. Soit du propre gré du président américain, soit du fait des institutions américaines, combien meme le parti républicain tient les renes.
Cela étant dit, l’Afrique n’est pas epargnée. Des pays subiront lourdement les effets de droits douanes qui renchériront leurs produits brutes, minéraux ou végétaux, ou encore textiles, souvent produits uniques à l’exportation. Ce sera par exemple le cas de l’Afrique du sud, l’Algérie, la Libye (+30%); ou de la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC, le Mozambisue, le Zimbabwe (+15 à 25%). L’AGOA qui etait censée soutenir les pays « pauvres » se trouve de fait décriée, comme l’USAID suspendue.
Serait-ce le bon moment pour pousser les pays africains à valoriser localement leurs produits, seuls ou en partenariat avec des pays voisins en chaines de valeurs régionales? Serait-ce un coup de pouce pour la ZLECAf? Ce sera le mal qu’on souhaitera au continent. Le Maroc a longtemps plaidé pour le partenariat sud-sud et s’y applique. « Les Africains doivent faire confiance à l’Afrique », est une maxime célèbre de Sa majesté le Roi Mohamed VI.
Pr Ahmed Azirar
04.08.2025
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