Amitié, inimitié et intérêts. Vers un partenariat rehaussé Maroc- USA
Jeffrey Sachs, économiste renommé, a longuement chuchoté dans les oreilles des décideurs mondiaux, à l’est comme à l’ouest. Il disait dans l’une de ses récentes conférences: « être ennemi des USA est dangereux, être leur ami est fatal ». Pour étayer son affirmation, il relate les multiples actions entreprises par l’Amérique devenue puissance dominante unique depuis le démantèlement de l’Union Soviétique, « se permettant tout et partout ». Il avance pour démontrer « l’hégémonie impérialiste US » leurs multiples guerres destructrices de nations, et autres nombreux complots subversifs et bouleversements de pouvoirs de pays considérés comme ennemis. Selon lui, la CIA, « pour sa propre longévité », concocte tout programme allant dans la logique de durabilité de l’hégémonie de la puissance extreme des USA.
Sachs exhorte, alors, les européens à rompre leur dépendance « servile » vis à vis des USA et à abandonner « leur suivisme russophobe aveugle contraire à leurs intérêts stratégiques ».
Selon Sachs, la dépendance européenne et la logique hégémonique unipolaire américaine durent depuis des décennies. La premiere soutenant la seconde. Or, ajoute-t-il, l’hégémonie américaine se corse sous le présidence de Trump. Avec en caractéristique brutale et distinctive, le lâchage de l’Europe et le développement d’une franche logique transactionnelle généralisée en relations internationales. Une vision géostratégique complexe est promue, ignorant l’ONU et les autres organismes multilatéraux, y compris l’OTAN, sacrifiant l’Ukraine, réchauffant les relations avec la Russie, mettant la puissance économique de la Chine en point de mire et signant à blanc à Netanyahu sa politique extrémiste contre les palestiniens.
En bref, l’Amérique de Trump à visées ultra expansionnistes ( Canada, Panama, Groenland) n’aurait pour seule amitié que ses intérêts immédiats. La notion d’amis traditionnels n’aurait plus place dans son dictionnaire diplomatique et geo stratégique. Ces dits amis sont meme durement maltraités, voire humiliés. L’amitié serait bien fatale, et l’inimitié dangereuse, dixit Sachs.
Le Maroc, qui a consolidé son rapprochement avec Trump et son administration durant son premier mandat moyennant notamment l’adhésion aux accords d’Abraham, et le développement du commerce, se trouve dans une expectative favorable à l’amorce du second mandat. La teinte de sérénité, est justifiée par moult signaux. Un nouvel ambassadeur américain est rapidement nommé. Les déclarations officielles américaines sont rassurantes. Dont celle affirmant que l’ALE maroc – USA ne sera pas révisé. Laquelle affirmation pourrait meme être interprétée comme signe de non modification future de la position américaine concernant l’intégrité territoriale du royaume, et plus généralement du partenariat stratégique bilatéral. Des attentes consulaires et d’investissements massifs en zone sud sont également nourris. Elon Musk n’étant pas des moindres investisseurs intéressés.
Une nouveauté intervient néanmoins. l’Algérie joue une surenchère transactionnelle qui n’étonne point, mais qui, somme toute, reste tactique, béatement intéressée, et donc peu crédible. Pour son diplomate à Washington, « seul le ciel constitue la limite à cette transaction !!! ». Notre ennemi de l’est, auto-déclaré, apeuré à coup sur, vire a 100%, renie son « alliance traditionnelle » avec la Russie et fait du charme artificiel aux américains qui savent tres bien à quel régime ils ont à faire.
Le Maroc, quelles que soient les offres « concurrentes », continuera à défendre crânement ses positions, consolider ses alliances traditionnelles toutes directions confondues et diversifier ses partenariats. Il n’en anticipera pas moins les actions possibles de la nouvelle administration américaine en structurant son offre multiple, militaire, diplomatique, humaine et économique autour des nombreux projets en cours et à venir, afin de renforcer le statut d’allié incontournable.
Le Royaume a, depuis 1777, oeuvré avec les USA autant sur le terrain de l’amitié que sur celui des intérêts. Avec une crédibilité qui a transcendé le temps et bien des épreuves.
Ahmed Azirar, le 14.03.2025
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