Interview Professeur Ahmed Azirar - Economiste / Fondateur du CEREM. (Questions de Maroc diplomatique)

WhatsApp Image 2026 03 21 at 9 46 10 AM

1.Le conflit en Iran est souvent décrit comme un choc énergétique majeur. Peut-on le considérer comme un simple choc exogène, ou constitue-t-il un véritable déclencheur de crise systémique à l’échelle mondiale ?

R. C’est un conflit énergétique, logistique, économique, financier et géopolitique. C’est un conflit d’étape dans une guerre de titans USA/ Chine à venir et qui promet d’etre longue et multiforme.
L’Amerique du président Trump veut récupérer rapidement sa suprématie mondiale apres les hésitations constatées depuis quelques années avant lui. Surtout que les USA font face à des problemes majeurs, politiques, technologiques, financiers, humains et au-dela géostratégiques. Des defis existentiels sont confrontés: puissance en ballotage, dollar en tremblement, compétitivité émoussée… Avec certes toujours en mains des atouts majeurs.
Le challenger d’hier, l’URSS a été maté. Aujourd’hui, le « Sud global » pointe du nez, dirigé par la Chine, adversaire hégémonique qui menace à des niveaux divers.
Attaquer frontalement la Chine n’est pas encore opportun, ni possible. Il faut tenter de l’affaiblir. Rajouter à ses faiblesses d’autres faiblesses. Presser là ou ca pourrait lui faire mal. Il se trouve que la faiblesse énergétique chinoise est une plaie qui lui fait mal. La tentative de main mise par les USA sur les sources d’approvisionnement chinois ( Venezuela, Russie, Moyen orient y compris l’Iran) est une tactique du moment dans la stratégie globale, celle d’affaiblir un concurrent stratégique de plus en plus menacant.
Il se trouve que l’énergie est au centre du fonctionnement du systeme mondial, c’est pourquoi la crise actuelle est d’une gravité inouie qui peut devenir systémique si elle perdure.


2.Dans quelle mesure la perturbation du détroit d’Ormuz ; par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, peut-elle provoquer un effet domino sur l’inflation, la croissance et la stabilité financière internationale ?
R. C’est deja le cas. L’inflation est la’. La croissance est lestée et les finances mondiales perturbées. Le systeme mondial marchait par le commerce international, les pétrodollars et les IDE. Il est en panne a’ ces trois niveaux. La crise financiere peut rapidement s’aggraver et imposer ses effets aux autres domaines.

3.Face à la hausse des prix de l’énergie et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, observe-t-on les signes d’un scénario de stagflation comparable aux crises des années 1970 ?
R. Bien pire. C’est vrai que le capitalisme a besoin de crises pour se regenerer. 2000, la bulle internet qui a éclaté; 2007, crise des subprimes; 2019, Covid; et 2026, crise géostratégique. Jamais les crises depuis 1973 n’ont été aussi hybrides et multiformes que celle que nous connaissons actuellement.
N’oublions pas que deja l’IA perturbe le systeme productif mondial. Il y aura surement stagflation si cette crise dure.
Mais d’ores,et dejà, le monde sera différent apres.

4.Les réactions encore relativement contenues des marchés financiers traduisent-elles une résilience réelle du système économique mondial ou une sous-estimation du risque géopolitique ?
R.La conduite erratique de cette crise par le président Trump est deroutante et explique le yo yo en cours. Une reprise de la guerre et l’aggravation de la crise énergétique risquent d’entamer la confiance et provoquer un choc systémique grave.

5.Cette guerre peut-elle accélérer une recomposition durable des équilibres géoéconomiques mondiaux ?
R. Tout dépend de son issue. Les USA ne peuvent pas la perdre, sinon, ce sera là un signal de recomposition du systeme mondial. Dans tous les cas, les séquelles seront systémiques.

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *