Le Maroc ouvre le 06 avril 2026 son marché à terme ce qui constitue une avancée dans la diversification et la sophistication du marché financier marocain.
Les opérateurs économiques pourront désormais localement couvrir leurs achats à terme par des contrats ou des options.
Beaucoup pensent à la spéculation et ne la considerent que sous ses aspects négatifs.
Qu’en est-il au juste?
1- C’est quoi la spéculation et pourquoi ?
AzA: La spéculation sur produits est l’achat/vente anticipant des fluctuations de prix ( sur des matières premières comme le blé, le pétrole ou l’or, ou sur des devises) pour réaliser un profit rapide, en utilisant des produits financiers dérivés ( contrats à terme, options) et l’effet de levier, avec des avantages (liquidité, couverture ou Hedging) mais en encourant aussi des risques ( volatilité, crises diverses).
Elle est financée par capitaux propres ou emprunts et régulée par des taxes (comme la taxe Tobin adaptée appliquée dans des pays occidentaux), quotas, et surveillance des autorités (comme l’AMF en France par exemple) pour encadrer ses excès et risques systémiques.
Les acteurs sont les spéculateurs, les plus diversifiés (traders, fonds et autres), qui sont des agents économiques pratiquant l’intermédiation dont l’objectif n’est pas de consommer les produits ni à produire avec, mais ils visent plutot à gagner des marges commerciales parfois importantes selon l’état des marchés.
Ils parient sur l’évolution future des prix de biens ou d’actifs financiers sur lesquels ils spéculent.
Ils mobilisent pour ce faire des instruments financiers dérivés (contrats à terme, options) sur des marchés organisés, en anticipant l’offre/demande, événements géopolitiques, etc…
Les autres acteurs sont les « Hedgers », financiers qui offrent les outils de couverture.
Le troisieme acteur est l’organe de régulation.
S’agissant du Maroc, la spéculation sur les produits est un problème persistant, exacerbé par les aléas climatiques, les perturbations logistiques et les failles dans la régulation. Elle touche principalement les produits alimentaires (fruits, légumes, viandes, huiles) et, dans une moindre mesure, d’autres biens comme l’or, entraînant des hausses de prix opportunistes et des pressions sur l’approvisionnement et le pouvoir d’achat, face auxquelles le gouvernement tente de réagir avec des controles, des mises en garde et des propositions de lois pour mieux réguler l’intermédiation.
Il existe aussi une spéculation en bourse qui peut etre vive selon les périodes et les titres.
L’ouverture du marché à terme va élargir le champs des activités, rendre plus liquide le marché et donner aux actifs marocains une meilleure visibilité à l’international .
2- La spéculation influence-t-elle la formation des prix et les marchés ?
Aza: la spéculation est un secteur d’activité qui est utile parce qu’il permet de fournir les marchés en biens nécessaires, aide à constituer des stocks stratégiques et meme à rationaliser les prix. Par l’appat du gain garanti elle permet à des spéculateurs de fournir régulierement les marchés. Les prix peuvent etre influencés à la hausse comme à la baisse du fait d’abord des forces des marchés eux memes. Mais les spéculateurs vu leur force peuvent accentuer un mouvement de hausse des prix comme de baisse. Leurs anticipations sont importantes pour l’evolution des prix à court et a moyen terme. Du fait qu’ils sont couverts par les dérivés, ils s’assurent un prix à terme convenu. Entre temps, ils peuvent jouer sur l’offre en observant l’état de la demande. Ils n’en courent pas moins des risques divers.
Toujours est il que la spéculation est un métier exigent, financierement et techniquement, qui en general est le fait d’agents qui maitrisent bien les marchés.
La spéculation est une activité économique comme les autres. Elle n’y a rien de péjoratif. Ce sont les dérives possibles du métier qui ne sont pas acceptables (ententes, refus de vente…). D’où la nécessité d’un cadre de régulation efficace.
3- Impacte t elle les produits de base (alimentation, énergie) et partant les consommateurs? Quid des pays en développement ?
Aza: La spéculation a des avantages. Elle apporte des fonds liquides aux marchés, facilitant les transactions.
La couverture (Hedging) permet aux producteurs de se prémunir contre les baisses de prix futures (ex: l’agriculteur qui vend lui meme le blé à terme).
Tout cela peut induire une efficience des marchés par l’aide à l’établissement du « juste prix » en intégrant rapidement l’information. Elle permet aussi de réduire la volatilité des marchés. Elle peut protéger de l’inflation (comme elle peut l’exacerber selon les conjonctures).
Pour ce qui est des pays en développement qui ont des ressources à vendre, ils sont dépendants des cours mondiaux sur qui les spéculateurs agissent. Idem pour les pays acheteurs comme le Maroc avec le blé, le petrole et gaz…
N’oublions pas aussi que l’exces de spéculation peut aller jusqu’à créer des bulles spéculatives et partant des crises comme en 2008 avec la crise des subprimes.
On peut meme dire que la spéculation éloigne la finance de l’économie réelle. Les actifs financiers peuvent avoir des valeurs injustifiées. Ce qui a été à la base de la crise des subprimes.
Les pays en developpement ont interet à créer autour d’un complexe portuaire comme Tanger Med d’une plateforme commerciale qui valorise mieux leurs ressources exportables puisque groupées. L’IMIS a dans une etude proposé l’idée ( www.imis.ma).
4- Peut-on encadrer efficacement la spéculation sur les marchés des produits ?
Aza: La regulation exisre et joue un role de contrôle et de surveillance par des autorités dediées afin de prévenir la manipulation du marché.
Elle édicte des règlementations strictes pour interdir ou encadrer les produits les plus risqués.
Un role de régulation existe par des taxes sur les transactions financières ( cas de la celebre taxe Tobin). On peut aussi fixer des quotas pour limiter les positions sur certains marchés (ex: quotas d’émission en bourse).
Un régulateur strict peut et doit trouver et faire maintenir l’équilibre. Réglementation ( marchés de gros, intermediaires…), taxation ( qui n’existe pas au Maroc), quotas, s’il le faut, information surtout, sont autant de moyens pour ce faire.
Avec le lancement bientot du marché à terme au Maroc, on accédera à un nouveau palier qui nécessite plus de professiinnalisme. L’effort est requis au niveau de la réglementation, de la régulation et de la communication transparente.
Pr Ahmed Azirar.
Economiste. IMIS
https://ahmedazirar.com
Interview le Matin Economie
//////15.02.2025//////
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