Le temps gouvernemental, entrepreneurial et sociétal Par Pr. Ahmed AZIRAR | Edition N°:7365 Le 23/10/2026

Parlement 064

Pr. Ahmed AZIRAR
Pr. Ahmed Azirar est économiste et expert en Intelligence des marchés internationaux

Le développement de l’économie et de la société est une responsabilité partagée entre le gouvernement, le Parlement et l’entreprise, au profit de l’ensemble de la société. À condition que ces acteurs soient en harmonie et que chacun gère le temps, rare et partagé, avec plus de précision.
Lorsqu’ils veulent critiquer l’action gouvernementale, certains chefs d’entreprise disent: «L’heure à Rabat n’est pas l’heure à Casablanca!»
Les deux Chambres du Parlement se sont réunies en début de semaine pour que la cheffe du gouvernement présente son programme et sollicite la confiance nécessaire pour engager constitutionnellement son action. On ne peut que saluer à ce gouvernement la rapidité exceptionnelle avec laquelle ont été élaborés le programme gouvernemental et le projet de loi de finances. Un signal que les observateurs ont interprété comme la preuve que le nouveau gouvernement prend le temps au sérieux et promet aux Marocains de l’efficacité dans son travail.

Puiser leurs idées dans la réalité

Deux jours avant cette réunion, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a organisé la rencontre «Entrepreneurs en transformation». Elle a été marquée par des débats entre hommes et femmes d’affaires marocains et leurs homologues subsahariens, qui ont tous puisé leurs idées dans la réalité de leurs entreprises et exprimé leurs aspirations.
Les intervenants les plus connus et les plus brillants dans le monde des affaires n’ont pas ménagé leurs conseils: avoir le courage de se lancer, persévérer et tenir face aux difficultés, et nourrir l’ambition de réaliser de grands accomplissements. Leurs témoignages ont ancré la conviction que les entreprises marocaines regorgent de talents et sont capables de réussites encore plus grandes.


Gouvernement, Parlement, entreprises et travailleurs doivent conjuguer leurs efforts et synchroniser leurs actions pour accélérer la transformation économique et garantir une prospérité partagée. Car l’efficacité exige de la rapidité, sans jamais céder à la précipitation

À condition que l’entrepreneur respecte l’éthique professionnelle, dans la conviction partagée que s’enrichir n’est pas honteux. Et à condition aussi que l’entreprise soit accompagnée efficacement, loin de la bureaucratie et des multiples obstacles, aux niveaux national et local.
Les débats n’ont pas manqué de souligner les points faibles: le financement des très petites, petites et moyennes entreprises, le développement des compétences, la montée en gamme technique de l’industrie dans les chaînes de valeur, la croissance et la transmission intergénérationnelle des entreprises familiales, la prise du train de l’intelligence artificielle lancé à toute vitesse, l’approfondissement de la transition vers les énergies renouvelables, la diversification et l’approfondissement des exportations… Autant de faiblesses pour lesquelles des solutions pratiques ont été proposées afin de développer des entreprises qui sont, aux yeux des entrepreneurs, le moyen le plus efficace d’accélérer la transformation économique du Maroc.
La régionalisation et les opportunités d’investissement qu’elle offre, ainsi que les compétences, l’expertise et le savoir-faire des Marocains du monde, ont fait partie des thèmes soumis à la discussion et aux propositions.
L’Afrique a elle aussi reçu sa part d’attention, comme réservoir de développement commun, d’investissement dans les infrastructures et de diversification des chaînes de production régionales. La présence d’organisations patronales du continent a permis d’explorer les moyens d’accélérer l’industrialisation et la coopération africaines.

La rapidité ne signifie pas précipitation

L’efficacité économique passe pour ainsi dire par le programme gouvernemental efficacement appliqué, et par la capacité du Parlement à jouer son rôle décisif de législation, de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des réalisations.
C’est pourquoi l’harmonie entre un gouvernement créatif, un Parlement compétent, des entrepreneurs citoyens et des travailleurs assidus, est le fondement du progrès économique et de la prospérité sociale. Car les besoins sociaux sont nombreux et complexes, et exigent un sursaut collectif, rapide et organisé. Le sit-in des enseignants devant le Parlement, en parallèle des réunions des entrepreneurs et du Parlement, constitue d’ailleurs un message éloquent sur la nécessité d’accélérer le processus de recherche de solutions.
L’harmonisation du temps entre les quatre parties, le gouvernement, le Parlement, les entrepreneurs et les travailleurs, est le moyen de trouver des solutions réalistes. Sachant, comme l’a dit l’un des entrepreneurs, la rapidité ne signifie pas précipitation.

L’économie est politique par nature

La rencontre a donc porté exclusivement sur l’entreprise et sur la coopération économique entre le Maroc et le reste de l’Afrique. Peu de débat sur les problèmes sociaux, hormis le danger que représente l’intelligence artificielle pour l’emploi des jeunes. Car les entrepreneurs croient que la bonne santé de l’entreprise est le moyen le plus efficace pour que le revenu et le bien-être se diffusent au reste de la population et pour améliorer le niveau de vie général.
Cette rencontre entrepreneuriale est intervenue quelque temps avant la présentation du programme gouvernemental devant le Parlement. Si certains intervenants ont affirmé se tenir éloignés de la politique, chacun sait que l’encouragement de l’entreprise et de l’investissement passe par des politiques publiques volontaristes, appliquées avec rigueur, dotées de financements suffisants et gérées efficacement. L’économie est politique par nature.

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